N° 1 / 2025

Point de vue

Abus de pouvoir dans les Eglises évangéliques réformées

femmes protestantes et la lutte contre les abus de pouvoir sexuels et spirituels 

Une longue histoire d’engagement

L'abus de pouvoir n'est pas uniquement une réalité sociale, mais aussi une réalité ecclésiale, et ce depuis bien trop longtemps. A l'instar d'autres institutions qui instaurent peu à peu la transparence et un travail de mémoire concret, l’Église évangélique réformée de Suisse s'engage depuis des années à briser le silence autour des abus de pouvoir, à dénoncer les abus et à travailler activement à des solutions. Cet engagement se manifestera cette année par l'organisation d'une Journée d’étude nationale en mai, qui mettra l'accent sur la prévention, l'intervention et le traitement des abus de pouvoir sexuels et spirituels.

Du tabou à la reconstruction
En 2020 déjà, alors qu'elle s'appelait encore les Femmes protestantes en Suisse (FPS), notre association a publié des thèses sur les abus de pouvoir, en réclamant des changements structurels profonds. Au centre de nos préoccupations : La vision d'une Église transparente et démocratique, avec un pouvoir décentralisé, qui défende la dignité de tous les êtres humains. Les structures de pouvoir patriarcales de l'Église ont été notamment identifiées comme le terreau des abus. Il ne s’agissait pas seulement de violences sexuelles, mais aussi d'abus au niveau spirituel, forme de pouvoir particulièrement perfide qui, en manipulant les sentiments religieux, provoque de profondes blessures sur le plan psychologique.

Un des tournant décisif a été l’instauration de la commission d'enquête sur les accusations d'abus sexuels portées contre l'ancien président du Conseil de l’EERS. Dirigée par Marie-Claude Ischer, actuelle vice-présidente de femmes protestantes, la commission n'a pas seulement mis en lumière les dérapages individuels, mais surtout les conditions systémiques favorisant les abus de pouvoir. Par son travail, la commission a posé la première pierre d'une nouvelle culture de la responsabilité et de la transparence au sein de l'Église évangélique réformée.

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L'engagement par le dialogue et le travail politique
femmes protestantes ont ensuite concentré leurs efforts à plusieurs niveaux. Ainsi, au début de l'été 2024, elles se sont positionnées de manière critique sur une étude de l’EERS portant sur la zone d’ombre de la société dans son ensemble, ce qui risquait de diluer le thème de la violence sexualisée et d'occulter le contexte particulier de l'Église. Elles se sont donc engagées dans une réflexion inverse, portant sur les structures de pouvoir au sein de l'Église tout en participant activement à la consultation sur les mesures de protection de l'intégrité personnelle. La vice-présidente siège depuis septembre 2024 dans le groupe de travail élargi de l'EERS, afin d'analyser les champs d'action et de formuler des propositions concrètes en matière de prévention des abus et des interventions, de même que du traitement et de la reconnaissance de ceux-ci. En outre, femmes protestantes ont organisé en janvier 2025 un événement nommé « En Dialogue », portant sur la culpabilité, les mécanismes permettant de surmonter une telle épreuve et le travail de mémoire. Cet événement a permis aux personnes concernées, aux décideuses décideurs ecclésiastiques et aux expert-es d'entamer un dialogue ouvert et respectueux. Il est apparu clairement que seul le dialogue permet un changement durable. Il doit donc être entamé coûte que coûte, bien qu’inconfortable.

La Journée d’études 2025: Un espace de dialogue
La Journée d’études de mai 2025 consiste à concentrer l'engagement actuel et ouvrir une réflexion approfondie. Elle a pour objectif de mettre en lumière les défis structurels et culturels de l'environnement ecclésial. Il s’agira également d'évaluer les approches actuelles en matière de prévention des abus. La perspective des personnes concernées est particulièrement importante, de même qu'un regard externe permettant d'identifier ses propres zones d’ombre et de s’inspirer d’autres expériences.

Des thèmes centraux tels que la création d'une cellule de signalement nationale, l’intégration des personnes concernées, le changement de culture visé et la mise en œuvre de concepts de protection seront discutés dans différents ateliers. Il convient de souligner en particulier la réflexion sur les abus spirituels, qui sont encore souvent trop peu pris en compte dans les contextes ecclésiaux, bien qu'ils précèdent ou accompagnent souvent les violences sexuelles.


Regardons en avant : apprenons et soyons responsables
femmes protestantes ont beaucoup appris de cette longue confrontation avec les abus de pouvoir sexuels et spirituels. L’une des principales conclusions est que l'Église doit être une institution qui a encore des choses à apprendre. Il ne suffit pas de mettre en place des concepts de protection. C’est la culture qui doit changer. Cela signifie également ancrer davantage les théologies féministes et inclusives dans la formation initiale et continue, afin de reconnaître les structures de pouvoir patriarcales, de les remettre en question et de les surmonter à long terme.


Dans le contexte de leur engagement pour une Église respectueuse de l'égalité de genres, femmes protestantes se sentent investies de la responsabilité de poursuivre leur engagement dans la prévention, l'intervention et le traitement des situations d’abus. La Journée d’étude 2025 est une étape sur ce chemin, difficile mais nécessaire pour poursuivre cet engagement pris en faveur de la justice et pour contribuer à ce que l'Église ait un avenir.